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rjcm
Description du blog :
le blog de tous les journalistes culturels
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
10.05.2008
Dernière mise à jour :
26.06.2008

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Abderrahmane Sissako : ''Je vous invite en Mauritanie ''

Publié le 11/05/2008 à 12:00 par rjcm
''Je vous invite en Mauritanie'', Abderrahmane Sissako cinéaste mauritanien, auteur du film Bamako


Je suis né à Kiffa en 1961, en Mauritanie. Mon pays découvrait alors l’indépendance, accordée par la France l’année précédente dans le cadre d’une transition pacifique. Même si j’ai vécu parfois loin de ma terre natale, aujourd’hui essentiellement à Paris, cette terre magique m’habite chaque jour.

Au printemps 2007, je me suis ainsi réjoui, comme tous mes compatriotes, de notre première élection présidentielle véritablement démocratique. A bien des égards, ce petit pays tranquille qui ne fait que rarement parler de lui vaut aujourd’hui par sa société civile, en marche vers la paix et la réconciliation nationale, un exemple pour l’ensemble du continent africain.

Depuis des décennies, la Mauritanie accueille, avec ferveur et professionnalisme, les concurrents du rallye Dakar. Cette année, l’assassinat le 24 décembre de quatre ressortissants français, fait sans précédent dans ce pays, suivi d’un attentat mortel contre trois soldats, a tout d’abord choqué et traumatisé une population connue pour être pacifique.


Ces deux attaques criminelles isolées ont conduit à l’annulation de l’édition du rallye Dakar 2008. J’entends depuis quelques jours, çà et là, et sans voix pour y répondre, qu’il ne faut plus aller en Mauritanie, que c’est dangereux.

Je vous invite en Mauritanie. Je vous y invite parce que ce pays conduit, depuis des siècles, une singulière «politique de civilisation», comme le réclamait récemment pour son propre pays le président de la République française. Ce mélange de cultures maure, arabo-berbère et noire africaine, ce brassage ethnique, cette terre d’échanges fertiles sont à bien des égards, malgré le sous-développement, des gages de civilisation.

Je vous invite en Mauritanie parce que ici comme nulle part ailleurs une culture nomade a forgé une culture érudite.

Je vous invite à rencontrer nos savants, nos griots, nos musiciens, à connaître ce pays qui compte quatre villes classées par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité, ce pays qu’on dit être le pays du million de poètes, je vous invite à visiter nos universités et nos bibliothèques du désert.

Je vous invite en Mauritanie parce que l’annulation d’une compétition sportive ne doit ni effacer les efforts d’un pays pour construire son image dans la région et dans le monde et pour faire vivre son identité de nations multiples, ni surtout à encourager les terroristes à continuer à nous faire peur.

Je vous invite à venir en Mauritanie comme nous avons continué à aller, et plus engagés que jamais, à Madrid, à Londres, à New York après des attentats autrement meurtriers. Qui aurait d’ailleurs renoncé à visiter ces grands pays d’Europe ou les Etats-Unis ? Le vrai combat contre le terrorisme, c’est cela, cette solidarité sans faille. A nous, par notre détermination, de faire peur aux barbares.

Je vous invite en Mauritanie, femmes et hommes de conscience, pour ne pas laisser votre place à ceux qui font injure à notre longue et ancienne civilisation.



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Hip hop festival: Nouakchott à l’heure du Rap

Publié le 11/05/2008 à 12:00 par rjcm
En perspective au premier festival Hip Hop prévu du 07 au 09 mai prochain et dont l’objectif est d’encourager une nouvelle dynamique autour de la musique à l’image des autres pays de la sous-région, nous nous sommes intéressés à la tenue de cet evenement.

Son organisateur, Kane Limam dit Monza, la vingtaine, ce rappeur engagé a été, depuis son adolescence, passionné par l’écriture et la musique.

Dès l’âge de 15 ans, il a intégré le groupe African Prodige pour rejoindre le collectif Intelligentsia, puis Do Rê Mifa en 1998, année où il a connu sa première diffusion sur les ondes de Couleurs Tropicales de RFI.
Mais, c’est en 1999 que notre rappeur a créé son propre groupe « La Rue Publik ». Bachelier en 2000, il va à l’étranger poursuivre ses études où il revient avec un diplôme de technicien supérieur en téléinformatique. Son ambition, « développer une musique dans un pays où l’art et la culture souffrent de laisser-aller ».

Fort d’une bonne dose d’expérience, il participe et anime plusieurs concerts dont le premier en mars 2001 fut organisé dans une école d’une banlieue de la place. « Assalamalekoum Hip Hop », nom du festival, outre le thème de l’unité qu’il abordera, se veut porteur de message ludique et sensibilisateur.

A l’heure où les jeunes africains transitent en Mauritanie pour risquer les routes de l’incertitude dans des pirogues de la mort en quête d’un eldorado incertain, ce festival tirera sur les sonnettes d’alarme pour informer sur la gravité du problème. L’idée pointue du jeune, aspire concrètement à connecter Nouakchott et les autres capitales de la sous région via les artistes afin de favoriser l’échange et le développement de la culture. A cette occasion, nous l’avons approché et Monza s’est prêté à nos questions.

Kane Monza : «Je veux donner une place au rap dans la musique Mauritanienne»


***************************

Tahalil Hebdo : Présentez vous à nos lecteurs.

Kane Monza : Je m’appelle Kane Monza qui veut dire musique originale, natif de la zone authentique en l’occurrence la Mauritanie. J’ai commencé à faire de la musique Rap depuis 1995. Mon premier Album est sorti en 2004. C’est le premier CD entièrement réalisé en Mauritanie.

Dans mon parcours d’artiste j’ai fait pas mal de rencontres à l’étranger et la première compilation de l’histoire du Rap mauritanien que j’ai unitié avec le collectif de certains groupes. En 2006 j’ai fait une compilation qui est sortie en Allemagne qui s’appelle African Rebel Music avec notamment d’autres artistes mauritaniens qui y ont participé. Et en 2007 il y a eu le premier Album de mon groupe qui est la Rue Publik que je représente avec un certain Couly Man.

T.H. : Comment est venu le nom « la Rue Publik» ?

K.M. : Vous savez dans Rue Publik il y a rue et vie privée. J’ai travaillé avec un animateur français et un jour on marchait dans la rue et on a vu écrire sur un panneau « Rue Privée ». Alors l’idée m’est venue en tête lorsque je discutais avec mon ami. Je lui ai dit : nous allons créer un groupe que nous appellerons la Rue Publik. Et nous abordons des thèmes sur le mariage forcé, la pauvreté, le thème de la paix etc.

T.H : Vous aller organiser un festival du 7 au 9 mai prochain ; comment vous est-elle venue l’idée ?

K.M. : Par rapport à mon parcours dans le rap mauritanien j’ai eu à avoir certaines observations relatives au manque d’organisation, de structures et aux énormes difficultés que rencontrent les artistes mauritaniens. J’ai eu cette envie de vouloir structurer ce mouvement même si c’est un mouvement qui ne m’appartient. Je suis partie intégrante de ce mouvement et vu que les instances gouvernementales en charge de la culture et l’art ne s’occupent pas réellement de la musique rap, je me suis dit qu’il faut nécessairement monter des projets pour développer ce mouvement quitte à faire intervenir des artistes mauritaniens.

T.H. : Quel est l’objectif principal visé en organisant ce festival de musique Hip Hop en Mauritanie ?

K.M. : L’objectif principal de ce festival c’est de faire valoir la reconnaissance de la culture et surtout le Rap mauritanien parce qu’aujourd’hui quand on parle de Hip Hop de façon générale cela englobe le Rap. On parle du rap en France, aux Etats Unies et après on parlera du Sénégal qui est notre voisin alors qu’ici en Mauritanie on n’en parle pas. Nous en tout cas, en tant qu’acteurs de ce mouvement depuis 13 ans nous savons vraiment qu’il y a des talents.

Je ne cite pas de noms mais il y a quand même un véritable potentiel ici qu’il faut essayer de faire valoir. Du point de vue médiatisation le Rap en souffre, la Mauritanie en souffre aussi. Nous voulons montrer la vraie image de la Mauritanie. Montrer qu’il y a une structure Hip Hop ici et qui est une réalité car il y a des artistes que le monde doit découvrir.

T.H. : Si l’on comprend bien à travers ce premier festival Hip Hop, vous voulez faire découvrir les talents cachés du rap et au-delà de cette découverte vous souhaiteriez aussi faire découvrir aux visiteurs et/ou aux invités la vraie visage de la Mauritanie à l’instar du festival international de musiques nomades qu’on vient d’organiser récemment. Est-ce une duplication ou un festival bis?

K.M. : Bon déjà partout dans le monde, on vous dira que le rap est une forme de cluse. Tout le monde a cette image qui est un peu malsaine du rap ou des artistes qui font du rap et moi par apport à ça je veux justement prouver le contraire parce que le rap aujourd’hui grâce à l’engagement de certains groupes, il y a des choses qui commencent à changer même au niveau de la jeunesse mauritanienne. Maintenant par rapport à votre question ce n’est pas un festival bis. Plutôt ce premier festival c’est pour dire que le Hip Hop existe et il est là. Moi je veux donner une place au rap dans la musique Mauritanienne. Je dirai que le rap mauritanien s’est imposé de lui-même.

T.H. : A travers ce festival, quel est le message que vous souhaiteriez véhiculer au profit des Mauritaniens surtout que nous sommes dans un contexte d’unité nationale.

K.M. : Je pense que le nom du festival est un message. Assalmalekoum Hip Hop festival c’est quand même un symbole de paix avant tout. Il y a beaucoup de tensions dans le pays. Je voudrais attirer l’attention des gens sur la nécessité d’avoir une certaine stabilité qui est synonyme de paix pour bâtir un pays fort, pour bâtir un mouvement, pour bâtir une nation et le mouvement en l’occurrence c’est toujours le hip hop c’est le mouvement pour lequel moi, je vais me battre jusqu’à la fin de mes jours.

T.H. : Organiser un festival ce n’est pas une chose aisée. Quelles sont vos sources de financement ?

K.M. : Par apport à cette question, je dirais que tous les bailleurs de fonds que j’ai approché n’ont pas réagi mis à part M. Ahmed Ould Hamza, président de la Communauté Urbaine de Nouakchott qui m’a promis de faire quelque chose et à qui j’ai espoir connaissant la personne. Sinon, j’ai une seule source de financement et qui m’étonne beaucoup mais que j’apprécie dans une certaine mesure. C’est la Coopération Française qui m’a financé la majeure partie de mon budget.

L’autre partie du budget c’est moi en personne qui me débrouille par mes modestes relations, pour trouver des choses gratuitement. Je n’oublie pas de dire que mon premier interlocuteur c’était le Ministère de la Culture et de la Communication parce qu’en tant que Mauritanien avant d’aller voir d’autres personnes, je dois m’adresser à mon département. Parce qu’il y un ministère de la Culture et ce que je fais rentre dans le cadre des activités culturelles. J’ai fait ces démarches mais jusqu’à présent j’ai eu que des promesses qui tardent à se réaliser.

T.H. : Quels sont les artistes invités ?

K.M. : Pour les artistes invités, on a eu du mal à choisir. Mais comme c’est une grande première on a invité la majeure partie des jeunes talents mauritaniens et tant d’autres étrangers comme le groupe Daara-J du Sénégal.

T.H. : Quels sont vos projets d’avenir?

K.M. : Quand on dit festival c’est un évènement qui va se passer chaque année. J’ai une vision à long terme de ce projet c’est-à-dire que cette année on le fera selon nos moyens avec une petite envergure mais j’espère que l’année prochaine avec la réussite de cette première édition, on aura plus de bailleurs de fonds et j’espère aussi que les mauritaniens eux-mêmes que ce soit les entreprises privées, les entreprises publiques, l’Etat en l’occurrence le ministère de tutelle s’impliqueront de façon réelle et véritable pour le succès de la deuxième édition.

T.H. : Quel message lancez-vous à l’endroit des jeunes de votre pays ?

K.M. : C’est aux jeunes d’aujourd’hui de choisir le bon chemin qu’ils veulent. S’ils ne savent pas comment le choisir, il faut alors repenser vraiment et réellement à leur origine c’est-à-dire l’Afrique. Ceux qui veulent partir en Europe n’ont qu’à savoir qu’il existe bien des possibilités en Afrique. Il suffit de se battre et non braver la mer à la recherche de l’impossible eldorado européen.

Propos recueillis par Ibou Badiane

Ousmane Gangué, lead vocal de Koodé Pinal

Publié le 10/05/2008 à 12:00 par rjcm
Ousmane Gangué, lead vocal de Koodé Pinal
Ousmane Gangué n’est plus à présenter au public mélomane mauritanien. Nonobstant sa jeunesse, il est la version masculine de notre Malouma nationale. Depuis quelques années, il sillonne le monde avec l’étendard de son pays, la Mauritanie.

Son objectif, c’est de promouvoir la Mauritanie culturelle sur tous les cieux. Il n’en a fait en 2004 en allant au festival Nancy Jazz Pulsation avec un drapeau, des billets de 1.000UM, de 500UM uniquement pour montrer aux gens et avoir une occasion de parler de la Mauritanie.
Que représente pour vous le festival des musiques nomades ?

Avant tout d’abord, je tiens à vous remercier pour le temps que vous avez voulu me consacrer en venant chez moi pour m’interroger.

A mon sens le festival des musiques nomades est une aubaine non seulement pour les artistes mauritaniens se produire devant un grand nombre de public, mais aussi de rencontrer et de discuter avec les autres artistes venus de divers horizons. Par conséquent, il représente pour moi beaucoup de choses. C’est ma première fois de participer au festival des musiques nomades. C’est une chance qu’on m’a offerte, j’essayerai d’en tirer profit musicalement parlant. Franchement, il permettra aux artistes mauritaniens de progresser en côtoyant les artistes étrangers.

Pour parler toujours du festival des musiques nomades, cette année ce n’est pas seulement la chance que les organisateurs vous ont offerte. Ils vous ont également fait d’inaugurer les festivités du festival. Sentez-vous honoré par les organisateurs ?

Cela est un grand honneur pour moi, Ousmane Gangué. D’ouvrir le bal du festival des musiques nomades devant Monsieur le Premier Ministre et de nombreux invités au stade de Ksar. Pour moi, ce choix est une reconnaissance pour le travail que je fais du jour au jour pour la promotion de mon pays, la Mauritanie , ici et à ailleurs. Je suis très content d’être et impatient de l’arrivée de ce jour. Ce jour serait une occasion de montrer ce que je sais faire sur un podium avec le micro ou la guitare à la main, pas aux mauritaniens, mais à nos hôtes qui seront là pour voir la culture mauritanienne.

Avez-vous des relations avec quelques artistes étrangers invités pour ce festival des musiques nomades ?

D’après les informations que j’ai reçues sur les artistes étrangers invités, je connais le groupe malien « Tinariwen » Nous avons joué ensemble en France lors du festival Nancy Jazz Pulsation. Le jour que je devrais me produire, ce sont eux qui m’ont prêté leur turban pour que je danse avec. Cela me fait tellement plaisir qu’ils soient invités que nous nous retrouvions ensemble chez moi en Mauritanie. Cette fois-ci, c’est moi qui vais leur prêter mon turban. C’est la musique, elle permet aux artistes de bouger, de rencontrer et de tisser des relations d’amitié et de fraternité.

Comment voyez-vous, de ces deux dernières années, la marge de progression de la musique mauritanienne ?

Quand on me parle de la progression de la musique mauritanienne, je pense tout de suite à Malouma Mint Meidah. C’est une artiste que je respect beaucoup. Parce qu’elle a beaucoup fait pour la mauritanie. Elle a vraiment fait la promotion de la Mauritanie. Ce que les gens ne comprennent pas que la musique en particulier et la culture en général permettent à un pays de se faire connaître et évidemment de se développer. Seuls les artistes et les footballeurs peuvent faire la promotion d’un pays à travers le monde.

Partout Malouma a mis pied, elle est allée avec le nom de la Mauritanie. A mon niveau, j’essaie de faire ce que je peux pour promouvoir la Mauritanie et j’ai confiance la nouvelle vague des artistes mauritaniens. Ils ne vont pas se dérober à la règle de la promotion de la Mauritanie. Parce que nous n’avons que la Mauritanie comme disait le Président Moktar Ould Daddah : « La Mauritanie sera ce que sa jeunesse en fera »

C’est à nous promouvoir et de construire ce pays qui est la Mauritanie. Cette construction se fera petit à petit. Si avant, nous n’avions pas de festival, maintenant c’est chose faite. Il y a des artistes qui commencent à sortir hors du pays. Je sais que ça va aller Inch’Allah. Il suffit juste de travailler sans relâche et d’y croire. Un jour tout ira pour le mieux sur le plan national et international.

Depuis la transition, les artistes font l’objet d’un intérêt des dirigeants du pays, concrètement qu’est-ce qui reste à faire pour qu’on entende parler de la Mauritanie musicale sur tous les cieux ?

Je ne suis pas un artiste qui critique son pays. Cela, je vous le dis franchement.

Nous ne demandons pas de critiquer ou ne pas critiquer. Ce que nous demandons qu’est-ce que les autorités pourront maintenant faire pour faire la musique mauritanienne sur le rail. Comme la Mauritanie l’est aujourd’hui démocratiquement parlant ?

Je vous ai très compris. Je vous dis que je ne suis pas un artiste qui critique son pays. Mais je suis un artiste qui dit la vérité à qui veut l’entendre. Je dis ce que je pense. Si le gouvernement ne travaille pas, les Mauritaniens souffrent. Je ne manquerai aucune occasion de le dire. Mais je n’ai pas besoin d’aller dire ça aux Etats-Unis et en France. Je le dirai dans mon pays. Je dois m’adresser aux autorités mauritaniennes et non à d’autres personnes. Moi, j’aimerais bien que tous les artistes mauritaniens –soninkés, halpoulars, wolofs et maures- se donnent la main. Et que nous soyons traités sur le pied.

Les autorités doivent encourager les artistes qui travaillent, qui savent faire quelque chose et qui peuvent dignement représenter le pays, un point, c’est tout. Il reste encore beaucoup de choses à faire pour promouvoir la musique mauritanienne. Je profite de cette interview pour remercier Youssou Ndour. Il a beaucoup fait pour moi, en faisant ma promotion pour ne pas dire la promotion de la musique mauritanienne sur le plan international.

Si quelqu’un doit aujourd’hui aider la musique mauritanienne, c’est le ministère de la Culture et de la Communication. Nous devons être motivés par les autorités. Parce que si Ousmane Gangué gagne aujourd’hui le disque d’or. C’est en Mauritanie, je vais l’amener, non ! Et je vais le montrer au Président de la République. C ’est pour dire que je le fais non seulement pour moi, mais aussi pour ce pays. Donc, les autorités doivent savoir gérer les artistes de leur pays.

Comment avez-vous rencontré Youssou Ndour ?

J’ai rencontré Youssou Ndour par le truchement d’un ami Samba Thiam. Il était l’un des conseiller du Président Maâouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Nous étions en tournée Monsieur Ould Taya. Le Président m’a remarqué et a dit à Samba Thiam : « Ce jeune-là, il a du talent. Il faut quelque chose pour lui » En guise de réponse ce dernier lui a répondu : « Youssou Ndour, c’est un ami à moi » Et sur le champ, Samba Thiam a appelé Youssou Ndour en lui disant : « J’ai un jeune, il est bien. Tu pourras faire quelque chose avec lui » Youssou Ndour a dit qu’il passe me voir avec une maquette à Dakar. En partant, je lui ai apporté une maquette, il a écouté et dit : « Il n’ y a pas de problème, je compte te produire » C’est ainsi que, nous avons fait la cassette, les clips et la promotion.

Après la sortie de la cassette, je suis revenu en Mauritanie. Youssou continue toujours à faire la promotion de cette cassette avec le groupe « Jololi Band » et tous les artistes de ce groupe. Nous faisons des tournées à travers le Sénégal. Un jour Youssou m’a dit: « Ousmane, je sors un album acoustique ! Je ne sais pas ce qu’on pourra faire ensemble » Sur cet album, ensemble, nous avons fait un morceau extraordinaire. Cet album étant sorti sur le plan international. Il m’a permis d’être vraiment connu sur le plan international.

C’est une expérience enrichissante pour moi. Youssou Ndour me fait participer à certain de ses concerts pour faire juste ma promotion. C’est quelqu’un qui m’aime et qui m’aide. Je tiens vraiment à travailler avec lui. Je serai toujours derrière Youssou Ndour. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup et que j’admire. C’est un vrai professionnel, avec lui, on ne peut réussir.

Cette question, nous pourrions nous en passer. Pour la simple raison, qu’il y a un poster d’El Hadji Baaba Maal affiché dans votre salon. Et non celui de Youssou Ndour. Y’a-t-il eu une brouille entre Ousmane Gangué et Baaba Maal comme laisse entendre de nombreuses personnes à Nouakchott ?

Pour répondre à cette question, je préfère donner un proverbe : « On ne peut rien prouver à celui qui nous a appris » C’est Baaba m’appris à faire de la musique. Il est mon miroir. Donc, c’est à lui de me produire ou de me trouver un producteur. Le fait que j’ai aujourd’hui un producteur, il doit être soulagé. Parce qu’il n’a plus à se fatiguer pour moi. Il doit être content en disant me que mon élève essaye d’évoluer avec ses propres ailes.

C’est ce que Baaba Maal me souhaitait. Mais les gens ne comprennent pas et cherchent pas à comprendre. Ils ne comprennent que j’ai un contrat avec Youssou Ndour et que Baaba Maal, c’est mon grand frère. Il est et restera mon idole. Que les gens arrêtent de créer des problèmes là où il n’ y a pas de problèmes. Qu’ils arrêtent de dire du n’importe quoi. C’est mon grand frère qui m’a confié à Baaba Maal, en ce moment, je ne chantais même pas. Pour finir, je dirai à ceux qui ne savent pas que Baaba est mon frère et ami.

Qu’est-ce qu’il y a une collaboration entre Ousmane Gangué et les autres artistes mauritaniens ?

Le fait que je parle des artistes mauritaniens, c’est un plaisir pour moi. Donc, j’apprécie cette question à sa juste valeur. Le courant passe très bien entre les autres artistes mauritaniens et moi. Tout ce que je peux faire pour eux, je le fais volontiers. Les jeunes rappeurs viennent chez moi pour me demander conseiller sur leur projet. Franchement, je leur dis volontiers ce que je pense de leur projet. C’est par mon canal que le groupe de rap « Diam Tekki » est allé participer au Sénégal à l’émission « Star en ligne », le groupe « Milittary underground» sont sortis à la télévision sénégalaise, grâce à moi.

D’autres artistes qui sont ici utilisent parfois mes instruments ou travaillent avec les gens de mon groupe Koode Pinal. C’est pour dire vous qu’il y a une bonne collaboration entre Ousmane Gangué et ses frères artistes mauritaniens. Je respecte les artistes femmes. En ce qui concerne les hommes, ils sont tous mes amis. Ils viennent toujours chez eux pour ne pas dire chez moi. Je n’ai de problème avec personne, franchement parlant. Nous nous rendons services.

Quels sont vos projets à court et long terme ?

Je me prépare pour sortir mon deuxième album. En plus de cela, nous avons des festivals à préparer sur le plan international et l’anniversaire d’Ousmane Gangué. Nous sommes actuellement pris pour ces préparatifs. Pour l’anniversaire, j’aimerais vraiment quelque chose de grandiose en Mauritanie pour et avec la jeunesse mauritanienne. Mais la sortie de mon album, avec le groupe Jololi band, est le projet principal. Nous préparons encore la quinzaine afro dring (18juin 2008 au 2juillet 2008) avec les maisons des artistes et des cinéastes.

Pour finir, qu’est-ce qu’on peut souhaiter à Ousmane Gangué pour les prochaines années ?

Longue vie, plein de succès, avoir le grammy et le disque d’or. Moi, je ne suis qu’un débutant, par conséquent je souhaite avoir tout ça dans ma carrière. Je remercie les journalistes qui se soucient des artistes mauritaniens et mon public. Ce sont les journalistes qui font les artistes. Et c’est grâce à nos fans que nous continuons à travailler, nonobstant nos maigres moyens. Pour finir, je donne rendez-vous, à tous et à toutes, pour découvrir une nouvelle facette d’Ousmane Gangué.

Interview réalisée par Camara Mamady

La Maison des cinéastes de Nouakchott : Les fondamentalistes de la diversité

Publié le 10/05/2008 à 12:00 par rjcm
La Maison des cinéastes de Nouakchott : Les fondamentalistes de la diversité
Mohamed Ould Idoumou a trente ans. Il est poète et apprentis cinéaste. Idoumou est l’auteur du film «Voyage d’une Temreguid» (femme imraguen). Il a immortalisé les images de la rencontre entre des femmes d’un village Imraguen et des habitantes de Diawling.

Comment Idoumou, natif de kiffa, en est-il venu à s’intéresser aux femmes de Diawling et aux Imraguen. Pour lui, comme pour tous les membres de la maison des cinéastes de Nouakchott, «Rapprocher les hommes et les cultures », plus qu’un slogan, est une réalité quotidienne.

« Souvent les hommes se haïssent les uns les autres parce qu’ils ont peur les uns les autres. Ils ont peur parce qu’ils ne se connaissent pas. Ils ne se connaissent pas parce qu’ils ne peuvent pas communiquer. Ils ne peuvent pas communiquer parce qu’ils sont séparés.»
Ces mots de Martin Luther King et son portrait sont accrochés dans le bureau de Abderrahmane Ahmed Salem, président de la Maison des cinéastes.

Il y a aussi les visages de Maalouma Mint Meyadah, Saidou Kane, Abdel Kader, Gandhi…..Ils font tous partie des modèles, des inspirateurs de la maison des cinéastes. «Ces grands hommes et femmes ont su donner une dimension internationale aux valeurs puisées dans leurs propres cultures.» dit Abderrahmane en montrant les portraits. Amener les jeunes de toutes les communautés mauritaniennes à suivre en même temps le même programme à la télévision nationale.

Cet exploit a été réalisé par la maison des cinéastes. Elle a produit pour la TVM Plus un programme montrant quatre jeunes qui animent une émission dans les quatre langues nationales (Arabe, Poular, Soninké et wolof). Mieux, cette émission n’est pas un dialogue de sourds. Le jeune soninké intervient souvent en arabe, le Wolof en poular, le poulars en wolof…Avant l’holocauste, il y a eu Mein kampf. Avant la guerre civile en Côte d’Ivoire, il y a eu le débat « intellectuel » sur l’ivoirité.

Avant les affrontements sanglants en 89 en Mauritanie et au Sénégal, il y a eu la guerre des ondes. Avant le génocide rwandais, il y a eu la radio des mille collines. L’exacerbation des différences culturelles ou raciales, ça vient très souvent de «l’élite». C’est elle qui pense les pogroms et poussent les gens ordinaires paisibles à prendre les machettes. Abderrahmane Ahmed Salem pense justement qu’en Mauritanie, comme partout ailleurs, le problème de la diversité culturelle n’est pas social mais politique.

A la maison des cinéastes, les différences ne sont pas des barrières pour Harouna, Taleb, zeinabou, Traoré, Boike, Moussa….La langue, pour tous ces jeunes, n’est pas une idéologie. C’est un pont vers l’autres, vers d’autres cultures, d’autres horizons. Ces jeunes, comme leur modèle, le cinéaste Abderrahmane Cissako, ont compris que «l’identité composée n’est pas un défaut mais une richesse.»

Le souci de la maison des cinéastes est de rapprocher les jeunes mauritaniens des différentes communautés du pays au moyen de l’image. Montrer l’autre pour faire disparaître les méfiances réciproques. Ainsi, le film portrait d’un jeune habitant de Maata Moulana a été projeté à Touldé (Boghé) et vice versa.

C’est cet esprit de découverte qui a conduit la maison des cinéaste, en collaboration avec «Vent du Sud» à organiser le voyage de jeunes du lycée de Ouadane en France. Ils sont allés à Salon de Provence où ils ont rencontré leurs homologues du lycée Adam de Carponne. De cette rencontre est né un film réalisé par les élèves des deux lycées. Echapper aux pesanteurs sociales

Par le Programme «Vivons ensemble», la Maison des cinéastes s’attaque aussi aux complexes sociaux liés au système de castes et autres lourdeurs facteurs de divisions. «Sur les bancs de l’école, un amour est né entre deux jeunes adolescents : une mauresque et un halpoular. Une fois majeurs, ils décident de se marier. Face à cet idylle, se dressent deux obstacles : Les deux mamans des deux adolescents.»

C’est le résumé du scénario d’un film réalisé par des jeunes d’El Mina. Et, dans ce film, il est montré que ni l’Islam ni la légalité ne s’opposent à l’union des deux amoureux. Pour échapper aux pesanteurs sociales, ils décident de s’enfuir pour aller ailleurs, pour aller là où la couleur de la peau, la langue, la culture…n’interdisent pas de s’unir.

A la fin du film, au moment où les amis des deux jeunes amoureux tentaient, sous un arbre duquel tombaient des fleurs, de les convaincre de ne pas fuir, d’assumer leur union et de s’assumer, les deux mamans arrivent. L’une munie d’un gourdin. L’autre d’une cravache. Les deux femmes se mettent à la poursuite des jeunes et sous leurs pieds, s’écrasent les fleurs tombées de l’arbre. Combien de cœurs on été brisé par la mentalité moyenâgeuse interdisant au fils du forgeron d’aimer la fille du marabout, au fils du cordonnier de se marie avec la fille du pêcheur… ?

L’objectif de la maison des cinéastes est d’étendre le climat d’ouverture créé en son sein à toute la société mauritanienne. Les membres de la Maison des cinéastes s’efforcent de tout faire dans les quatre langues du pays. «Il nous arrive de refuser de produire un spot publicitaire quand le client refuse la condition des quatre langues» dit Abderrahmane Ahmed Salem.

Les teinturières après les Imraguens

Chaque édition de la SENAF (semaine nationale du film) est organisée sur fond de présentation d’une facette ou d’une composante de la culture nationale. Au cours de la dernière édition, les Imraguen étaient à l’honneur. La SENAF a permis aux mauritaniens de découvrir que ces Imraguen n’étaient pas seulement des pécheurs mais représentatifs d’une culture et de certaines spécificités.

Pour l’édition à venir, les teinturières Soninkés seront mises aux devants. Au-delà de la dextérité légendaire de ces femmes qui font briller l’indigo, il s’agira de monter toute une culture, les richesses culturelles de toute une communauté. Du Président de la république au marchand ambulant, il n’existe pas un mauritanien ou une mauritanienne qui n’ait déjà endossé un boubou ou un voile sortis des vases bouillantes des teinturières. La teinture, au-delà des femmes soninké, est donc un thème unificateur.

Le trait commun aux jeunes de la maison des cinéastes, c’est ce désir presque obsessionnel d’échanger avec l’autre, de le comprendre de composer avec lui. En cette période de menace terroriste, c’est ce «fondamentalisme de la diversité» qui constitue le meilleur rempart contre ceux qui pensent que tuer des innocents peut conduire au paradis.

Khalilou Diagana
khalioubi@yahoo.fr

Maison des cinéastes: Pour la citoyenneté et contre la division

La Maison des Cinéastes est une institution culturelle à but non lucratif qui a été fondée par Abderrahmane Ahmed Salem en 2002. Depuis 2006, elle organise Chaque année une semaine nationale du film (SENAF). La troisième édition aura lieu du 23 au 29 juin 2008.

Parmi les objectifs de la Maison, on peut, entre autres, citer : la création et la valorisation de la culture cinématographique en Mauritanie, la diffusion de la culture de communication, du rapprochement, de la tolérance et de l’acceptation de l’autre et la diffusion de la culture de la citoyenneté, de la démocratie, de la justice et des valeurs républicaines.

La maison des cinéastes rejette tous les actes, les activités et les idées qui portent atteinte à l’unité nationale, aux valeurs de la République et aux acquis de l’Etat, tous les actes, les activités et les idées qui portent atteinte à l’une des religions célestes, tous les actes, les activités et les idées qui propagent la haine, la confrontation, les divisions et les guerres

La France, l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique, la délégation de la commission de l’Union européenne en Mauritanie et, naturellement, le ministère mauritanien de la culture et de la communication sont, entre autres, les soutiens et partenaires de la Maison es Cinéastes.

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